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Anthéa

par Sublum



Cela faisait trois semaines que cela durait avec Anthéa. Elle était merveilleuse. Je l’emmenais partout avec moi. Je voulais la présenter à la planète entière. Un quart de mes ressources étaient consacrées à son habillement et à nos sorties pour son plus grand bonheur. Elle me le rendait bien. Quand la douceur de la nuit s’insinuait en moi, des frissons me parcouraient le corps, sachant très bien ce qui allait m’arriver. Elle se glissait dans la chambre, légèrement vêtue. Ce rêve perpétuel se rejouait chaque fois plus intense encore, plus torride.

Et puis, comme toujours, on finit par se lasser. Cela arriva un matin, tandis que je travaillais dans la construction du nouveau réacteur. J’avais oublié de l’appeler pour aller déjeuner. Quand je m’en rendis compte, je m’aperçus que je n’en souffrais pas du tout. En temps normal, chaque minute loin d’elle était un véritable calvaire. Mais voilà, ce temps là était fini. L’excitation de la nouveauté avait sans doute disparu, laissant place à de l’indifférence. Mes occupations habituelles avaient reprit le dessus et cela me convenait parfaitement. Il n’y avait rien à expliquer. C’était ainsi.

Quand je fus rentré chez moi, ce soir là, un pincement au cœur m’empêcha de lui annoncer la triste vérité. Comment étais-je devenu en si peu de temps le monstre qui allait lui briser le cœur ? Elle me regardait d’un sourire mal assuré. Aucune allusion ne fut faîte au repas du midi que l’on avait prit chacun de notre côté. Elle pensait sans doute que j’étais très pris par mon travail. Sans doute attendait-elle une explication de ce genre venant de moi ? Pourtant, loin de me faire la tête, elle redoubla d’attentions à mon égard. Moi, lâchement, j’en profitai sans rien dire. Cela ne pouvait pas durer.

Le lendemain, mon travail n’avançait guère. Je ruminais sans cesse dans ma tête. La situation me pesait énormément. J’imaginais Anthéa, s’affairant à la maison, guettant la moindre de mes communications, attendant mon retour ou un simple signe de ma part. Pourtant, j’en étais incapable.

Voyant ma mine tourmentée, un de mes collègues vint me conseiller. Il n’était pas à sa première épouse et connaissait ce genre de situations. « Appelle-les ! » me disait-il. Comme je ne comprenais pas de qui il voulait parler, il ajouta : « Ne t’inquiète pas, c’est leurs métiers. Ils te débarrasseront d’elle sans le moindre souci. Bientôt tu en auras une nouvelle. »

J’étais effrayé par la simplicité de cette solution bien que révoltante. Pourquoi aurais-je à annoncer à Anthéa que je ne voulais plus d’elle ? Il suffisait que je reprenne contact avec Cybernia. Je le fis dans l’après midi. Une voix douce et suave me répondit.

- Cybernia, que pouvons-nous faire pour vous ?
- J’ai un souci avec mon épouse Anthéa, dis-je
- Quel genre de souci, pouvez-vous nous en dire plus ?
- Eh bien, je… ne l’aime plus et…
- Vous ne l’aimez plus et ? répondit à la voix.
- Je n’arrive pas à lui annoncer. Je n’en ai pas la force.
- Ah je comprends, ne vous inquiétez pas, nous nous chargeons de tout.

Je déglutis un instant. Mon cœur s’emballait. J’avais quand même une dernière question :

- Quand pourrais-je rentrer chez moi ?
- Mais dès ce soir, après votre travail, répondit la voix.
- Dès ce soir ?
- Retournez à votre travail, Monsieur, et ne vous faîtes plus de soucis. Comme je vous l’ai dit, nous nous occupons de tout. Bonne fin de journée.

La communication fut coupée. Mon estomac était crispé. Je me sentais bizarre. Je couru vomir dans les lieux personnels. J’entendis des pas derrière moi.

- ça fait toujours cela la première fois mais tu as fais le bon choix.

C’était mon collaborateur sur le réacteur. Il me tapa l’épaule, m’aida à me relever. Puis il retourna à son atelier tandis que je me débarbouillais la figure. Finalement, je retournais au projet à mon tour.

De retour à la maison, je découvris non sans appréhension qu’il n’y avait plus personne. Les affaires qui n’étaient pas les miennes avaient toutes disparues. J’avais beau fouiller dans toutes les pièces, il n’y avait plus la moindre trace de l’existence présente ou passée d’une certaine Anthéa. Même son parfum ne flottait plus dans la pièce comme chaque soir en rentrant.

Sur la table du salon, une petite carte holographique attendait de s’activer. En m’approchant, le logo Cybernia s’évapora et un message m’indiqua d’aller voir dans la chambre. Je courus immédiatement pour aller voir la surprise qu’ils m’avaient préparée. Je faillis renverser un meuble sur le passage tellement j’étais impatient. Au dernier moment, je marquai un temps d’arrêt. Qu’allais-je découvrir ? J’ouvris la porte.

Sur le lit, allongée, majestueuse, nue reposait ma nouvelle épouse. C’était une Jennifer, dernier model. Le rêve de toute mon adolescence. Comment avais-je pu oublier cette si délicieuse créature à l’origine de mes premiers fantasmes ? Elle était là devant moi. Je n’en croyais pas mes yeux.

Sur le côté du lit, une plaque irisée clignotait. Je l’effleurais légèrement du bout des doigts. « Bon dieu, cette fois la facture allait être salée. » me dis-je en moi-même. A peine mon empreinte avait-elle été scannée que tout disparut d’un seul coup, la plaque y compris. C’est alors que Jennifer ouvrit les yeux dans un battement de cils et mon cœur sut, une nouvelle fois, qu’il était tombé amoureux…



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