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La Légende de Chloran

par Sublum



Propriété exclusive de Maruina


Chloran avait le don d'utiliser l’énergie solaire. Il pouvait s’en servir pour tuer mais aussi pour sauver une vie. Il connaissait le geste par coeur mais ne l’avait jamais pratiqué. Qui était-il pour déterminer ceux qui devraient vivre ou mourir ? Parfois, la vie ne nous laisse pas le loisir de nous poser ce genre de question quand il est question de survie, de loi du plus fort. Chloran était le plus fort mais nul ne le savait encore.

C’était l’arrière-grand-père qui était à l’origine de ce don. Il était un véritable scientifique homologué par le gouvernement des espaces interstellaires. Ses expériences se déroulaient dans le plus grand secret. Cependant, une période de trouble et de rébellion dans la galaxie le priva de tout contact avec ses commanditaires. Bientôt, nul ne se rappela l’existence du laboratoire et les recherches qui y étaient menées. Quand la paix fut revenue, l’arrière-grand-père de Chloran eut finit son œuvre. Il décida de se l’appliquer à lui-même. Il n’y eut pourtant aucun résultat apparent.

Pendant de longues années, la mutation opéra, réveillant des gènes endormis, inhibant des chaînons entiers d’ADN. Extérieurement, intérieurement, rien ne semblait changer alors que le processus de transformation poursuivait sa course dormante mais inéluctable. Ce n’est que deux générations plus tard que les premiers effets apparurent. Le père de Chloran était capable d’accomplir de drôles de tours avec ses doigts, ses mains. Pourtant, un nuage passait et le voici qui redevenait normal. Très jeune, il comprit que sa force puisait son énergie de la lumière solaire même, par un mécanisme inconnu des autorités officielles. Le père de Chloran se garda bien de faire étalage de son don.

Ce fut Chloran qui poussa l’usage du don à son paroxysme. Dès son enfance, il montra des capacités hors normes à contrôler l’énergie solaire. Pendant de longues années, il dû, en plus d’avoir apprit à marcher, apprendre à ne pas se blesser avec ses propres doigts. S’il ne contrôlait pas son don, ses mains rayonnaient une chaleur létale pour son entourage et pour lui-même. Ce ne fut pas sans poser quelques problèmes de la part du voisinage. Ils se posaient des questions sur ce monstre qu’était Chloran. Ils n’étaient pas dupes.

Jusqu’à l’âge adulte, Chloran a été profondément marqué par la solitude. Aucun ami, aucune fille ne voulait s’approcher de lui. Instinctivement, les autres sentaient sa différence et l’excluaient automatiquement, comme sous l’emprise d’une soudaine répulsion. Chloran s’était habitué à ce rejet mais il n’en vivait pas moins seul, jusqu’au jour où il tomba amoureux d’une jeune femme qui était en transit sur sa planète.

Il savait qu’il ne la reverrait plus mais son cœur avait choisit celle qu’il souhaiterait aimer et il n’était plus question de lui faire entendre raison. Chloran passait chaque minute auprès de la belle jeune femme qui s’en trouvait flattée. Il lui confectionnait des bijoux grâce à sa seule force de la maîtrise solaire. Il avait forgé un diamant, monté sur une bague d’un matériau inconnu des scientifiques tant les conditions pour le produire étaient impossibles sur notre planète. Chloran, lui, réalisait ces prouesses avec une facilité déconcertante. Il tirait son énergie directement du cœur du soleil, là où la chaleur infernale atteignait des millions de degrés voire même beaucoup plus.

Quand la jeune femme repartit pour sa planète d’origine, Chloran en eut le cœur déchiré. Il resta prostré dans l’ombre d’une cave pendant des semaines. L’ombre avait une signification particulière pour Chloran. Elle symbolisait le rejet de son don qui lui avait tant gâché la vie, jusqu’à présent. Il avait tenu bon face à sa tristesse intérieure. D’un seul geste, il aurait pu mettre fin à sa vie mais son désespoir ne fut pas si profond, heureusement. Petit à petit, il reprit goût à la réalité du dehors. Il serrait toujours contre lui ce collier que son père lui avait offert, plus jeune. Ce collier lui portait chance aimait-il à penser. Il venait encore de le sauver.

Comment expliquer ce soudain regain d’intérêt pour la vie ? Chloran venait d’avoir une idée. Il allait se transporter lui-même dans l’espace pour rejoindre sa bien-aimée. L’idée était suffisamment folle pour fonctionner et il possédait en lui un accès à une source d’énergie inépuisable. C’était le seul moyen de retrouver la jeune femme à une époque où les voyages dans l’espace étaient strictement réservés aux nantis.

Chloran découvrit un vieux vaisseau de l’espace dans une décharge en plein air. Les moteurs de l’engin étaient dans un piteux état mais cela n’avait aucune importance. Chloran utiliserait le magnétisme puissant des ondes solaires pour le mouvoir. Ce qui comptait énormément, par contre, était l’étanchéité de la coque. Le vieux vaisseau, de ce point de vue là, malgré sa vétusté, semblait parfait. Après quelques efforts de concentration de la part de Chloran, le vaisseau s’éleva mystérieusement dans les airs avant de lui permettre d’embarquer à son bord.

Avec une concentration infinie, Chloran fit mouvoir le vaisseau à quelques mètres du sol puis lentement, il l’arracha à l’attraction terrestre. L’énergie requise pour ce genre de manœuvres dépassait de loin ce que Chloran avait déjà accomplit avec son don. L’amour qu’il portait à la jeune femme lui donnait la force nécessaire pour concentrer l’énergie solaire dans sa personne. Les yeux fermés, les poings serrés, les vibrations infinitésimales que Chloran provoquaient se rassemblaient pour imprimer du mouvement à la masse lourde de l’engin spatial. Dehors les nuages défilaient à vive allure et l’atmosphère se raréfiait. La Terre ne devenait plus qu’une boule bleue et blanche mais pas très ronde.

Chloran sentit l’attraction sur lui-même et le vaisseau diminuer. Il était sortit du champ d’emprise de sa planète et voguait maintenant dans l’espace. Il s’autorisa une pause, le temps de souffler un peu. Il réfléchit. Son idée était brillante mais il y avait un détail qui clochait. Comment allait-il sortir du système solaire puisque son énergie provenait du soleil même ? Il n’eut pas à trouver la réponse. Un vaisseau de la flotte de surveillance spatiale l’intercepta. Comme Chloran refusa d’obtempérer, ne voulant révéler le secret de sa propulsion, ils ouvrirent le feu.

Le vaisseau fut frappé de part en part. L’atmosphère d’oxygène si fragile s’échappa irrémédiablement dans le vide spatial. Chloran suffoquait. Il eut à peine le temps de faire le geste de la mort, celui qui tue. Il n’avait même pas réfléchit, son instinct avait agi pour lui. Aveuglément, il avait généré une boule d’énergie suffisamment puissante pour anéantir la navette des autorités. Son propre vaisseau avait volé en éclat. Il se retrouvait nu, flottant dans l’espace, son sang bouillonnant sous la quasi-inexistence de pression. Puis, il forma de ses doigts le geste en forme de cœur, fixant le soleil jusqu’à s’en brûler les rétines. Les rayonnements dangereux de l’astre lui brûlaient aussi le corps, par le passage de millions de particules. Comment le soleil, qui avait toujours été son allié, pouvait vouloir le détruire ainsi, lui, la monstruosité de la nature ?

Chloran ne fut pas mort. Il connaissait le geste de la vie et il se maintenait lui-même en vie grâce à ce secret, malgré les souffrances infinies qu’il endurait. Son corps mourrait et se recomposait en un seul mouvement perpétuel. Chloran aurait voulu crier mais le son était impossible dans l’espace.

Reprenant ses esprits, Chloran parvint à concevoir une bulle protectrice tout autour de lui. A partir des éléments fondamentaux, il fusionna des particules jusqu’à produire de l’oxygène et un peu de chaleur salvatrice. L’instinct de survie réveillait en lui des trésors d’ingéniosité. Pendant toutes ces années, il avait sous-estimé ce don que son arrière-grand-père lui avait transmit. Chloran était invincible. Il était le plus fort.

Chloran prendrait le contrôle de la Terre et personne ne pourrait rien contre lui, tant qu’il resterait à proximité du soleil. C’était son avenir d’être le chef suprême. Il le sentait à présent. Chloran est mort et c’est un Dieu qui a prit sa place. Ainsi commença le règne de Chloran Ier, ton empereur pour l’éternité.



© Crédit photo - Maruina



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